Six pigeonniers à voir en Eure-et-Loir, du discret au monumental
21 septembre 2026 · La rédaction de Sortir en Centre-Val de Loire · Eure-et-Loir
En Beauce et dans le Perche eurélien, les pigeonniers ne se contentent pas de ponctuer les horizons : ils racontent des siècles d’élevage, de prestige seigneurial et d’architecture rurale. Certains se cachent dans des cours de ferme, d’autres dominent des parcs classés. Voici six d’entre eux, choisis pour ce qu’ils révèlent du territoire, bien au-delà de leur fonction première.
1. Château de Touchebredier – La Chapelle-du-Noyer
Ici, le pigeonnier n’est pas une pièce rapportée, mais le vestige le plus parlant d’un domaine aujourd’hui réduit à une maison bourgeoise. Daté du XVIIe siècle, il se dresse seul dans un pré, comme un rappel têtu de l’ancienne vocation agricole du lieu. Ses murs épais, percés de boulins encore visibles, tranchent avec la simplicité de la demeure voisine. On devine, à sa taille modeste mais soignée, qu’il servait une exploitation cossue, sans prétention nobiliaire.
2. Abbaye du bois de Nottonville – Nottonville
Derrière les hauts murs de cette ancienne dépendance de Marmoutiers, le pigeonnier se fait discret. Il ne se signale pas par une tour élancée, mais par une construction basse et trapue, intégrée aux communs. Sa présence témoigne pourtant d’un privilège monastique : le droit de colombier, réservé aux abbayes et aux seigneurs. Les moines y élevaient des pigeons pour leur viande et leur fiente, utilisée comme engrais. Aujourd’hui, il dialogue avec la grange aux moines, dont les toitures vertigineuses écrasent les bâtiments alentour.
3. Château de La Rivière – Pontgouin
Le pigeonnier du château de La Rivière est un modèle du genre : une tour ronde, coiffée d’un toit conique en ardoise, qui s’élève à l’écart des communs. Construit au début du XVIIe siècle, il affiche une élégance sobre, avec ses chaînes d’angle en pierre de taille et ses boulins disposés en quinconce. Ce qui frappe, c’est son état de conservation : pas de restauration tapageuse, mais une patine qui raconte quatre cents ans de vie rurale. Il trône dans un parc où les alignements de tilleuls mènent encore aux anciennes écuries, comme si le temps s’était arrêté.
4. Château de Villeprévost – Tillay-le-Péneux
Dans ce parc dessiné par un élève de Le Nôtre, le pigeonnier joue les seconds rôles, mais avec panache. Il ne cherche pas à rivaliser avec le château du XVIIIe siècle, mais s’inscrit dans une logique d’ensemble : une folie architecturale, mi-utilitaire, mi-ornementale. Sa forme octogonale et son toit à l’impériale en font un objet de curiosité, presque un caprice paysager. On l’imagine peuplé de pigeons voyageurs, utilisés pour porter des messages entre les propriétés des environs. Aujourd’hui, il complète le tableau d’une gentilhommière qui n’a jamais quitté les mains de la même famille.
5. Château de la Gadelière – Rueil-la-Gadelière
Le pigeonnier du château de la Gadelière est un survivant. Alors que les fossés ont été comblés et que le pont-levis a disparu, lui résiste, adossé à une tour de défense. Ses murs épais, percés de rares ouvertures, trahissent une double fonction : abriter les pigeons et renforcer l’enceinte. Les contreforts massifs qui soutiennent la maison forte rappellent que le domaine était avant tout une place forte. Ici, le pigeonnier n’est pas un symbole de richesse, mais un élément d’un système défensif où chaque pierre comptait.
6. Église abbatiale de Thiron-Gardais
Le plus inattendu des six. Le pigeonnier de Thiron-Gardais ne se trouve pas dans un parc ou une ferme, mais intégré au chevet de l’église abbatiale. Une tour carrée, percée de boulins, qui servait à la fois de colombier et de clocher. Son emplacement, collé à l’édifice religieux, est rare : il rappelle que les abbayes cumulaient les droits seigneuriaux, y compris celui d’élever des pigeons. Aujourd’hui, il domine les ruines du chœur gothique effondré en 1817, comme un témoin silencieux d’un passé où l’Église et la terre ne faisaient qu’un.