Six parcs en Eure-et-Loir où l’histoire et la nature se répondent
7 septembre 2026 · La rédaction de Sortir en Centre-Val de Loire · Eure-et-Loir
En Eure-et-Loir, les parcs ne se contentent pas d’offrir un cadre verdoyant : ils racontent des époques, des savoir-faire ou des écosystèmes rares. Certains sont des héritages littéraires, d’autres des reconstitutions minutieuses, ou encore des paysages façonnés par des siècles d’usage. Voici six lieux où la visite se double d’une plongée dans un récit singulier.
1. La Tourbière des Froux – Manou
Ici, le sol tremble sous les pas. La tourbière, alimentée par les eaux de pluie et les argiles imperméables, abrite une flore qui semble sortie d’un autre âge : sphaignes, droseras carnivores et bouleaux nains composent un paysage humide et préservé. Contrairement aux jardins domestiqués, ce site révèle une nature en train de se fabriquer, millimètre par millimètre, depuis des millénaires. L’absence de sentiers balisés force à observer de près, comme un naturaliste du XIXe siècle.
2. Jardin médiéval de Bois-Richeux – Pierres
Ce n’est pas un simple carré de plantes aromatiques. Le jardin médiéval de Bois-Richeux est une reconstitution savante, basée sur un cartulaire du XIIe siècle, où chaque espèce avait une fonction précise : soigner, nourrir ou teindre. Les allées enherbées, les carrés de simples et les treilles de vignes rappellent que ces jardins étaient des pharmacies à ciel ouvert. Le lieu, niché dans une ancienne ferme celte, ajoute une strate d’histoire : on y devine encore les traces des cultures successives, comme si le temps s’était arrêté entre deux récoltes.
3. Le Pré Catelan – Illiers-Combray
Proust y a puisé l’inspiration pour les jardins de *Combray*. Le Pré Catelan, dessiné par l’oncle de l’écrivain, est un parc à l’anglaise où les chemins sinueux et les ponts enjambant la rivière créent une atmosphère de rêve éveillé. Les massifs de fleurs, les saules pleureurs et les kiosques romantiques ne sont pas là pour épater, mais pour suggérer des émotions, des souvenirs. On y marche comme dans un roman, en cherchant les correspondances entre les mots de *La Recherche* et les bosquets qui ont survécu au temps.
4. Parc du château de Champ Romain – Thiville
Ici, la géométrie règne. Les parterres de buis taillés au cordeau, les tilleuls alignés en quinconce et les allées rectilignes rappellent les jardins à la française du Grand Siècle. Mais ce qui frappe, c’est la rigueur presque austère du lieu : pas de fioritures, juste une symétrie implacable qui impose le silence. Derrière l’ancien potager, une promenade ombragée offre un contraste bienvenu, comme si le parc jouait avec les codes pour mieux les détourner.
5. Jardins de l’Évêché – Chartres
Perchés sur un promontoire derrière la cathédrale, ces jardins sont un balcon sur la ville. Mais leur intérêt ne se limite pas à la vue : les vestiges de la collégiale Saint-Étienne, intégrés au paysage, rappellent que ce lieu fut d’abord un espace sacré. Les pelouses, les arbres centenaires et les murs de pierre composent un décor sobre, presque monacal, où l’histoire religieuse de Chartres affleure à chaque pas. On y vient autant pour le panorama que pour ce sentiment de continuité entre le ciel et la terre.
6. Domaine royal de Dreux – Dreux
La chapelle royale n’est pas un simple mausolée. Avec ses vitraux, ses sculptures et ses marbres, elle est un manifeste artistique du XIXe siècle, commandé par Louis-Philippe pour célébrer sa lignée. Le parc qui l’entoure, moins connu, joue un rôle tout aussi important : ses allées ombragées et ses perspectives calculées encadrent la chapelle comme un écrin. Contrairement aux autres parcs du département, celui-ci est un lieu de mémoire politique, où chaque détail architectural raconte une ambition dynastique.